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jeudi 9 avril 2020

Des milliers de nuances de vert


        Vivement la nature...!
       Voilà ce que je pensais, il y a quelques semaines. Le nez sous l'aisselle d'un jeune homme, la jambe gauche régulièrement cognée par la sacoche d'un homme d'affaire, je suivais l'itinéraire de millions de personnes. Je traversais Paris en métro. Allant du domicile familial dans mon nord natal, à mon -plus si nouveau- chez moi, sur l'île de Ré.

        Même si ma nouvelle profession m'avait fourni l'étiquette verte dont je rêvais depuis si longtemps (je travaille pour une association de protection de la biodiversité), je manquais cruellement d'extérieur passant le plus clair de mon temps assise à mon bureau durant cet hiver pluvieux!

Pluviers argentés dans une Longue vue,
Réserve Naturelle de Lilleau des Niges, Février 2020

        Quelle ironie quand j'y pense!
        Certes il a plu des semaines, voire des mois pendant cet hiver classé le plus chaud depuis 1900. Mais après tout, ce n'était pas cela qui nous empêchait de mettre le nez dehors. Quand je suis en vacances, une averse ou une météo maussade ne m'ont jamais contraint dans un logement. Bien au contraire, la nature laisse toujours exploser ses senteurs sous une bonne pluie. Au moins, la nature elle en a profité, enfin tout du moins les plantes.

        Revenue à mon train-train quotidien, voiture-boulot-voiture-appart, je laissais à nouveau la nature à mes escapades mentales, et à quelques sorties nature avec mes collègues sur le terrain. Et en toute logique, une fois le week-end arrivé, bien souvent, trop fatiguée de mes activités en intérieur, je décidais de ne pas sortir: "J'aurai bien le temps plus tard".

- Le Temps du Confinement -


        Autour de moi, dans mon salon, les notes de vert sont bien peu présentes. C'est le propre des meublés : murs blancs, canapé noir, portes grises.
        Seul le placard d'angle, très original lui, et en bois brut, apporte un peu de vie à cette pièce. Il a une âme ce bois avec ses veines et ses nervures bien apparentes. C'est visible, le bois n'a pas été découpé pour définir de belles planches aseptisées vendues en grandes surface. Cet ancien arbre se profile et prend vie sous nos yeux imaginatifs.

Extrait de la toile de Maurice Pantini

        Ma carte géologique de Nouvelle-Zélande apporte les seuls tons de vert de mon champ de vision. De multiples petites taches renvoient à deux carrés dans la légende. La plus grande zone, du même vert que de nombreuses autres petites formes, ce sont les Catlins. Ce vert représente les roches crée sur la période crétacé-tertiaire, des marnes, des calcaires, des argiles. Un des exemples que l'on peut citer par comparaison en France, ce sont les falaise crayeuse du Pas de Calais! Cette craie crée au crétacée correspond à la période de temps qui a connu la fin des dinosaures, mais ça c'est une autre histoire!! L'autre nuance verte n'est présente qu'en de toutes petites zones émergeant parmi les roches sédimentaires. Elle renvoi à des roches magmatiques porphyrique, comme la serpentine. Plus simplement, c'est une roche issue du volcanisme et de couleur verte. L'un des exemples connus est la fameuse Jade de Nouvelle Zélande!
        Je continue à balayer du regard la pièce qui m'entoure. Un casque audio. Ma carte du monde à gratter sur le règne animal. Ma gourde. Dans ma mini bibliothèque se profilent quelques tranches de verdure, un recueil de poésie ramené de Bristol, le côté de la boite de scrabble de mon enfance, celle que ma mamie m'a offert quand les cases sont devenues inutiles, et un livre déjà emballé prêt à être offert à mon neveu. Juste au dessus, sous ma télé, trône le buddha en jade de Chine ramené de Hong-Kong. Puis viennent les herbes fleuries de Skomer Island, restituées en aquarelle par ma maman il y a quelques années. Les palmiers du coussin sur lequel je m'avachi et qui dépasse à peine de mon épaule. Et au dessus de l'autre épaule, les bambous qui m'entourent sur ce portrait. Ils recensent quant à eux une infinité de verts!

        Je me rend alors compte que la quasi totalité de mes objets portant du vert renvoient à la nature. Quand on aime quelque chose, on ne s'en sépare jamais!

Mes immortels compagnons végétaux


        Et, la vie dans tout ça? Et les plantes dans tout ça? Et bien, elles sont bien peu présentes. Le sens du devoir qui nous a poussé à nous cloitrer chez nous ne m'a pas laissé le temps de passer à la pépinière. Alors je me contente d'une amie, fidèle et survivant au manque d'arrosage. Quand les autres ont trépassé pendant mes absences, elle, ne m'a jamais laissé tombé depuis mon installation ici.

- le Temps des Balades -


        Plus de pesticides. Plus de fauches. C'est le temps des herbes folles! Pour le plus grand plaisir de ceux qui peuvent les observer.

Le Tircis (Pararge aegeria L. ssp. aegeria)
profite du soleil sur les bas-côtés

        Dans les champs qui environnent mon village, les grandes bâches blanches on ne peut moins gaies ont laissé place à des buttes bien alignées. Au sommet, bien régulières émergent de petites pointes vert sapin. Parfois, plus développées, on y voit de belles feuilles. Plus grandes, elles paraissent aussi plus claires. Ce sont les fameuses pommes de terre de l'ile de ré qui pointent le bout de leur nez.
        Moins connus du grand public, le Maceron cultivé (Smyrnium olusatrum) prolifère en ce début de printemps. Il est impossible de le louper sur l'ile de Ré, c'est en véritable nuancier de vert qu'on le retrouve partout le long des pistes cyclables et des marais salants. Cette année, il a poussé si vite que j'ai parfois l'impression que les pieds ne s'arrêtent plus de grandir.

A cette saison, le Maceron borde tous les chemins

        Ces jours-ci, seuls les propriétaires de jardin sont autorisés à lézarder au soleil. Et puis, il y a ceux qui n'ont pas de titres de propriété et qui donc sont partout chez eux, les animaux! La diminution des activités humaines, et donc de la présence humaine leur laisse le champ libre, y compris dans les villages et à proximité des habitations où ils se font parfois discrets. Avec la diminution des activités humaines est venue l'amélioration de la qualité de l'air et de son audibilité! Il parait même plus dur de repérer un oiseau qui chante tant on a l'impression de l'entendre de si loin! Les oiseaux chantent à tue tête et les lézards prennent le soleil. Pas de doutes, le printemps est bien là!

Le lézard des murailles,
pin up des ruelles calmes et ensoleillées de l'ile de Ré


- Le Temps du Souvenir - 

       En ces temps perturbés où nous sommes partiellement voire totalement coupés de la nature, je reste persuadée que notre meilleur chemin d'accès à un paradis verdoyant reste notre mémoire. Que ses chemins tortueux vous aient emmenés vers les tréfonds de l'enfance ou vers les plus proches paysages de voyage, il y a fort à parier que vous avez des souvenirs liés aux arbres et aux plantes.
       Notre mémoire est spectaculaire! Alors que je n'avais pas pensé à cet arbre depuis des années, la seule évocation de l'enfance m'a fait tout de suite pensé à celui dont je parlais fièrement à mon père en disant que c'était mon arbre préféré! L'arbre américain, comme on l'appelait chez moi. Je n'ai su son vrai nom que bien plus tard! Cet arbre, c'est le sumac (Rhys thyphina) avec ses merveilleuses couleurs flamboyantes à l'automne et son bois duveteux que j'aimais tant.
        L'autre arbre qui a bercé mes jeux au jardin, ne se faisait pas remarquer à la même saison. C'est au printemps et bien avant que la moindre feuille n'ait émergée de ses branches qu'il se décidait à peindre le ciel qui me surplombait et la terre qui l'avait vu grandir en rose. Majestueux prunier du Japon (Prunus cerrulata ssp Kanzan) était la pièce maitresse du jardin de mon grand-père.
        La plante symbole du jardin de ma grand-mère est toute autre. Il ne faut pas se laisser abuser par les jolies petites clochettes blanches et aériennes de cette petite plante qui tapissaient tous les parterres de ce jardin de ville dès la fin avril arrivée. Non! Ni même par son odeur forte et enivrante, car le muguet est une plante toxique.
        Mes souvenirs d'enfance me ramènent également à la roseraie de mon parrain, aux merveilleuses couleurs ainsi qu'aux subtiles senteurs d'un jardin que j'ai malheureusement trop peu parcouru.

Souvenir de Paysage, à l'autre bout du monde


        Même s'il est appréciable de se rappeler les premières plantes marquantes de mon enfance, ce ne sont pas elles qui me viennent spontanément! Non, je pense plutôt aux magnifiques paysages verdoyants à pertes de vues, aux forets pluviales et aux arbres immenses, uniques et remarquables que j'ai vu loin de chez moi!


        Nos voyages font partis de nous, ils nous ont construits. Mais n'oublions pas qu'en ce moment même nous nous construisons aussi. Chaque instant d'une situation, aussi étrange qu'elle soit, nous élève! Alors regardons autour de nous, même si nous sommes dans un appartement, surtout si nous sommes seuls, passons la tête par la fenêtre et écoutons la nature! Remercions là! Car à chaque bourdon qui passe, à chaque oiseaux qui chante c'est la vie qui s'exprime, et ça c'est inestimable.

mercredi 26 septembre 2018

Écologie ou Nature? Le paradoxe vert



        Quelle est la première image qui vous vient si je vous parle de la Nouvelle Zélande? Probablement les plaines immenses ou les paysages verdoyants si bien capturés par Peter Jackson dans ses adaptations des romans de Tolkien : Le seigneur des anneaux. Et vous n’avez pas tort ! La Nouvelle-Zélande, ce sont des paysages merveilleux au détour de chaque angle mort, à la sortie d’un virage, au débouché d’une montagne !

Milford Sound, l'un des paysages à couper le souffle que recèle le pays

        On a tous notre idée préconçue d'un pays avant d'y mettre les pieds, et, une fois sur place on ajuste sa vision. L'image que je me faisais de la Nouvelle-Zélande était celle d’un paradis vert ! Le fantasme du randonneur européen! De la nature sauvage, avec moins d’habitants (4,75 millions au recensement de 2018) que de vaches (6,47 millions en 2017) et beaucoup moins d’habitants que de moutons (27,6 millions en 2016). Bon évidemment c’est sans compter les touristes… mais ça c’est une autre histoire !
        Sauf que qui dit Nature, ne dit pas forcément bonne gestion écologique… et c’est l’objet d’un vaste débat parmi les français en Nouvelle Zélande ! En tant qu’écologue de formation, j’ai tendance à considérer l’écologie d’abord comme « la science qui étudie les organismes et le milieu où ils vivent » ce qui m’amène souvent à ne pas être entièrement d’accord avec ceux qui envisagent l’écologie dans son sens politique. C'est aussi la raison qui m'a poussée à rédiger cet article en premier lieu. Mais ce n'est pas un sujet qui se traite si facilement. Alors, loin de se vouloir exhaustif, cet article est plutôt un aperçu, une ouverture sur un débat en abordant des points positifs et des points négatifs

L'image d'un pays où règne le tourisme vert abimée par la course au productivisme

         Début 2018, frénésie sur les réseaux sociaux. Cash investigation a diffusé sur France 2 un reportage sur l'industrie laitière. Il évoque la nouvelle Zélande. Son de cloche connu pour les uns, réveil douloureux pour d'autres, la Nouvelle Zélande ne serait pas un pays qui respecte son environnement. Et bien ça, voyez-vous sur les groupes Facebook de "Français en Nouvelle Zélande", on semble en être bien conscient. "Nous, on le sait bien que la pays est loin d'être un pays "vert"" ou "Ici, la gestion écologique est un désastre" étaient parmi les commentaires les plus fréquents.

En dehors des exploitations intensives, le bétail pâture sur
des flancs de collines ou dans des zones de bocages, en pleine nature

        Alors, je me suis penchée sur la question pour essayer de comprendre ce qui ne plaisait pas aux expatriés.

La gestion des déchets  

        Dans ce cas précis, il faudrait même se demander si gestion il y a... La transition énergétique c'est pas ici, et c'est pas maintenant, ça, c'est sûr. 
        Contrairement à la France, où le recyclage tend à être rentré dans les mœurs (même s'il est rarement correctement fait) chez les kiwis ce n'est pas vraiment le cas. Mais, il ne faut pas juste les blâmer sans se demander pourquoi. Dans un pays où recycler coute plus cher que de se débarrasser de ses déchets aux ordures ménagères, le recyclage n'est pas une habitude. D'ailleurs, les déchets qui vont être recyclés (plastique et carton) sont vendus à l'étranger, principalement à la Chine, qui les retraitera. 
        Pas d'usines de recyclage et pas d'usines de retraitement des déchets, ici la norme c'est le "land filling". Le land filling kesako? Et bien ce n'est pas compliqué. Ce qui n'est pas recyclable fini à la décharge et servira à remplir des trous qui seront ensuite rebouchés... à l'ancienne, si vous me passez la familiarité!  

Ne vous fiez pas à l'aspect toujours propre des parcs en ville
Certains sont débarrassés régulièrement de leur déchets par des employés


        Du positif, on peut en trouver au sein d'initiatives. Par exemple, les supermarchés proposent des points de collecte de plastique souple (eg. sacs plastiques) pour un recyclage spécifique. Mais bien rares sont ceux que j'ai rencontrés qui savaient vraiment ce qui peut être recyclé. Donc, rares sont ceux qui ramènent leur plastiques souples au supermarché. Pour le commun des mortels, qui dit plastique dit recyclable donc on met tout dans la même poubelle... Sauf qu'ils ne sont pas recyclés via la filière traditionnelle donc ils finiront au land filling! 
        Alors quand on sait aussi qu'il faut payer pour disposer de ces ordures (même recyclables!) à la déchetterie, et bien il est beaucoup plus simple de tout bruler dans son jardin ou de jeter ses gobelets dans les bas-côtés....


La consommation de l'eau

        Retour sur cash investigation, on y apprenait que l'irrigation des pâtures pour les vaches laitières nécessitait l'utilisation de près d'un million de litres d'eau par an par pâture. Soit 2000L d'eau pour produire un litre de lait. Ceci traduit surtout une exception agricole. Les agriculteurs, horticulteurs et vignerons par exemple ont le droit de pomper directement dans les rivières. Évidemment, cela conduit à l'asséchement de certaines rivières et autres plans d'eau. C'est tout le dilemme du développement de l'élevage et donc de l'économie au détriment de la protection de l'environnement...
        Mais là encore, Français ou Néo-Zélandais, nous n'avons pas le même rapport à l'eau. Alors qu'en France la pluviométrie moyenne se situe autour de 800mm, elle est plus proche des 1400mm en NZ. Il faut cependant considérer des écarts très importants avec la région la plus sèche où il ne pleut que 360mm contre 6700mm dans la plus pluvieuse.
        Dans un pays où on exporte de l'eau en bouteille à l'étranger, la réduction de la consommation en eau semble loin d'être la priorité n°1. Or, depuis peu une nouvelle problématique a vue le jour dans certaines villes. A Wellington, on s’inquiète de la durabilité en eau potable. Il faut dire que l’agglomération de Wellington fourni chaque jour 150 million de litres d’eau potable, ce qui correspond à 4 baignoires d’eau potable utilisées par jour et par habitant! Ce qui parait insensé quand on sait que le principal réservoir « Te Marua » contient une réserve équivalente à 20 jours!

Un des lacs Stuart Macaskill où sont stockés 3000 millions de litres d'eau
        Petits exemples de cette consommation folle? Régulièrement, j'ai vu mes hôtes laver leur vaisselle à la main avant de la mettre au lave vaisselle. Et puis dans beaucoup de maison où je suis passée j'ai vu la machine à laver tourner tous les jours (même pour des couples sans enfants). 





        Tout ça, ça fait quand même pas mal de négatif, et encore je n'ai pas abordé tous les problèmes soulevés régulièrement : utilisation des pesticides (dont les fameux glyphosates...) à retour de bras, utilisations de produits chimiques à large échelle pour tuer les espèces introduites (diphacinone, brodifacom, potassium cyanide et le 1080, qui fait l'objet d'une récente polémique dont je traiterai dans un article spécial), très mauvaise isolation des maison et le bois comme principal mode de chauffage, j'en passe et des meilleurs...
        En fait, il faut juste accepter une chose. L’écologie au sens où elle est entendue par le « français moyen », si vous me passez l’expression, est aux antipodes de ce qui est inclut dans le terme écologie en NZ.
Alors que la France semble s’investir assez peu dans la conservation de la biodiversité c’est le plus grand axe de la politique écologique de la Nouvelle Zélande, voire le seul. Avec une faune et une flore endémique riche, la population est investie pour essayer de protéger les espèces menacées en traitant directement les menaces (donc principalement en se débarrassant des espèces introduites). Nous pensons: énergétique, réduction des déchets, réduction de la consommation en eau, ils pensent biodiversité et depuis peu problèmes liés aux plastiques!
       

Une gestion axée sur la préservation de la biodiversité

        Et le positif dans tout ça? Les français râleurs ont encore frappé... Je n'en ai pas trouvé beaucoup quand j'ai demandé l'avis de mes compatriotes! Mais il faut quand même relever les efforts fait par le pays dans ce domaine. En creusant un peu, on peu dégotter quelques bonnes initiatives.

Un pays sans nucléaire 

        En 1987, la NZ dit définitivement NON au nucléaire. Les armes nucléaires (souvent testées dans le pacifique par les occidentaux) jugées indéfendables sur un plan moral sont à la base de cette décision. Le pays est désarmé et n’acceptera plus les navires équipés de telles armes. Et, c’est un des points positifs soulevé par les expatriés. Ce qui est assez ironique quand on connait le histoire française en NZ et surtout l’épisode du Rainbow Warrior !
        Évidemment, cela veut aussi dire, pas de réacteurs pour produire de l’électricité dans le pays. Du point de vue des NZ, ce n’est pas si parfait. En parlant de ça avec des locaux certains ont évoqué l’hydro-électrique pas si vert selon eux ! En effet, un des effets pervers de l’hydroélectrique (pourtant propre) c’est d’empêcher la migrations des poissons qui ne peuvent plus remonter une partie des rivières. Autre effet pervers, le chauffage des maisons est essentiellement fait avec du bois de chauffage ce qui dégage beaucoup de C02…


Les récentes actions prises par le gouvernement

        Pour peser sur le nouveau gouvernent, élu il y a à peine plus d’un an, les associations écologistes comme Greenpeace (pour n’en citer qu’une) se sont levées et ont mobilisé les citoyens pour commencer à changer les choses dans le pays. On peut citer deux actions en faveur de l’environnement prises par le gouvernement de Jacinda Ardern (Première ministre) qui concernent le pétrole et le plastique. Il faut dire que la lutte contre le changement climatique était annoncé comme un cheval de bataille de cette femme politique.
        Le 12 avril, le gouvernement annonce que la prospection pétrolière au large des côté néo-zélandaise est désormais interdite. En clair, les contrat d’exploitation commencé suivent leur cours mais il n’en sera plus ouvert de nouveau pour les compagnies pétrolières.
        Le 10 aout, la NZ annonce que les sacs plastiques à usages uniques vont être interdits. « il était temps » nous écrirons nous tous d’une seule voix après toutes les images de la pollutions au plastiques vues pendants les récents mois.



La préservation de la biodiversité

        Et puis enfin il y a celui qui me tient le plus à cœur, celui qui semble être le seul aspect écologique vraiment considéré dans le pays (pour de bonnes ou de mauvaises raisons) et celui que beaucoup d’expats considèrent un peu moins : la conservation des écosystèmes! La structure nationale qui gère l’écologie en Nouvelle Zélande, disons l’équivalent du ministère de la transition écologique en France, s’appelle le DOC : Département De Conservation, c’est dire si c’est important pour les locaux.
        Pays totalement inhabité jusqu'à l'arrivée des maoris au début du XIVe siècle et peu exploité avant l’installation des européens il y a 150 ans, les paysages changent sous la pression anthropique. Déforestation et sur-chasse vont mener à la disparition d'espèces animales, citons le Moa, l’aigle de Haast et le huia. Le moa disparait suite à la chasse intensive et la pression anthropique imposée par les premières population humaines. Les changements de son écosystème, l’exploitation forestière et la disparition du moa (sa proie principale) conduiront ensuite à la disparition de l'aigle de Haast.
        L'extinction du Huia est le résultat d'un cocktail de facteurs tous liés à la colonisation humaine. Ses effectifs commencent à décroitre car il est chassé par les maoris. Puis l’exploitation forestière intensive accentue le phénomène. Mais ce qui a causé la perte du Huia c’est la mode! En 1902, le futur roi d’Angleterre George V visite le pays et accroche une plume de Huia à son chapeau. Alors que les maoris avaient arrêté de le chasser en 1880, et que les britanniques tentaient d’interdire sa capture, la nouvelle tendance mena rapidement cet oiseau à sa perte. Le dernier phénomène vivant est observé en 1907.


Specimen de Huia empaillé, Mount Bruce National Parc



        Aujourd'hui une autre pression d'origine humaine met en danger des populations animales et végétales. Introduits volontairement ou non par l'homme, les opossums, rats, souris et hermines ne faisaient pas partis de la chaine alimentaire. Il appliquent une pression de prédation importante sur de nombreuses espèces menaçant la survie de certaines. Les plantes indigènes grignotées par les opossums et les rats n'arrivent pas à recoloniser les sous bois pour recréer les forêts vierges d'antan. Et puis, ils mangent les œufs et les oisillons d'espèces qui ne possédaient pas de prédateurs. Le kiwi, animal emblème du pays, est directement mis en danger par la présence de ces nuisibles. C'est donc la solution la plus simple et la plus radicale qui a été choisie : revenir à la Nouvelle Zélande avant l'introduction malheureuse de ces espèces. Donc on s’attelle à la destruction pure et simple de ces nuisibles (principalement par empoisonnement). Dans les zones où le contrôle des prédateurs est fonctionnel, cette solution, qui peut paraitre extrême, permet de voir des nichées survivre et même de voir revenir les population d'espèces autrefois disparues.
        La protection des espèces est une priorité. Elle peut passer par des re-végétalisation de zones achetées par le DOC ou par des trusts (associations plaisant en faveur de l'environnement). Elle se fera parfois au détriment de traditions locales. Ainsi, une partie de la population maori réclame que la chasse au kererū soit réautorisée comme "chasse traditionnelle". Le kererū faisait partie du régime alimentaire ancestral des maoris. Cette espèce de pigeon n'est pas menacée, mais rendre légale sa chasse pourrait mettre en danger l'espèce. En effet, les effectifs raugmentent avec le contrôle des populations de nuisibles, maintenir une faible pression de chasse est donc vitale à la protection de l'espèce.


Pigeon Néo Zélandais (Hemiphaga novaeseelandiae) également appelé kererū



        J'ai conscience que cet un article ne couvre que partiellement le sujet. Mais il faudrait bien plus d'un article pour évoquer toutes les problématiques liées à la gestion écologique de la Nouvelle Zélande et sur sa comparaison à la gestion française. Cependant cet article englobe, je l'espère, les principales thématiques et ouvre les pistes de réflexion.

        Une chose est sûre : que l'on soit en France ou en Nouvelle-Zélande, l'écologie est un enjeu majeur sur lequel le système tout entier doit se pencher. Du simple citoyen au politique en passant par le milieu agricole et la sphère industrielle, c'est un problème dont tout le monde doit prendre conscience afin de prendre ses responsabilités. Et si la meilleur gestion consistait à ne retenir que le positif appliqué des deux côtés et à l'appliquer partout? Chacun, à notre échelle, tentons d'avancer avec des petits pas ou des grands pas!





Pour continuer votre réflexion et en apprendre plus: 
      

lundi 15 janvier 2018

Le trou dans la couche d'Ozone


        Aujourd'hui, j'ai encore pris un coup de soleil, alors c'est le thème que j'ai eu envie d'aborder! Évidemment le lien n'est pas forcément frappant, mais en fait il est plus que logique! Au dessus de la Nouvelle-Zélande, il y a peu d'Ozone! Le soleil est donc plus violent, nous sommes moins protégés ici qu’ailleurs et donc nous prenons plus de coup de soleil!
       Tout ceux qui sont nés au plus tard dans les années 80 se rappellent surement de la médiatisation très importante du fameux trou dans la couche d'Ozone. Et puis après? On en a plus tant entendu parler. Mais il est toujours là et certaines parties du globe sont encore très concernées!

La couche d'Ozone

        L'ozone est un gaz composé de trois molécules d'oxygène (O3). Il est créé dans la haute atmosphère suite à l'effet du soleil qui casse des molécules de dioxygène (O2). Un atome d'oxygène seul le fixera alors du du dioxygène. La création de cette molécule se fait à une altitude comprise entre 15 et 50 km, avec un pic à 30-35 km. C'est la fameuse couche d'ozone. Cette couche est très importante puisqu'elle protège tous les être vivants de radiations, en particulier des ultraviolets. Mais l'ozone est une molécule instable et certains composés chimiques détruisent cette molécule. Contribuant ainsi au trou dans la couche d'ozone. L'absence d'ozone a des conséquences différentes chez les être vivants : dans le règne végétal elle est reconnue responsable de trouble de croissance, alors qu'elle est responsable chez l'homme principalement du cancer de la peau et de dysfonctionnements visuels (ex. la cataracte).

Cliché montrant l'atmosphère vue de l'espace

Les Polluants responsables 

        Aujourd'hui, on parle essentiellement de la pollution due aux gaz à effets de serre, mais les polluants responsable du trou dans la couche d'ozone ont encore des effets et seront encore présents dans l'atmosphère pendant près d'un siècle.
        Les principaux gaz sont : les hexafluorure de soufre (SF6) et les CFC (cholorofluorocarbure). Ils ont été créés entièrement par l'homme. Leur utilisation a amplifié la destruction de molécules d'ozone et bouleversé l'équilibre naturel. On en fera divers usages, les plus connus étant l'utilisation dans les bombes aérosols et dans les réfrigérateurs.
        En plus d'être responsable de la dégradation de l'ozone, ce sont aussi des gaz qui ont un effets sur le réchauffement climatique mais dont on parle moins car on les trouve en concentration moins importantes dans l'atmosphère. Pour exemple, l'hexafluorure de soufre a un potentiel de réchauffement global 22800 fois plus élevé que le CO2 (à concentration égale).

Les conséquences pour la Nouvelle Zélande

        Ici, les risques de cancer de la peau sont en moyenne plus élevés que dans d'autres pays. L'index UV est tel qu'on peut attraper un coup de soleil en moins de 15 minutes. Cet index est plus élevé en été, avec un index UV plus de 40% plus élevé qu'aux latitudes européennes. En effet, l'été dans l'hémisphère sud est le moment où le soleil est le plus proche de la terre. Le fait qu'une grande partie de la population ait la peau claire ne fait malheureusement qu'empirer les chiffres... La nouvelle Zélande possède le record mondial de décès dus au cancer de la peau. Auckland est surnommée la capitale du mélanome avec 5-7% de risque de développer un cancer. Il est donc particulièrement recommandé de se protéger du soleil, surtout en milieu de journée.

    • ASTUCE
      Comment savoir quand une protection est nécessaire?
      Quand l'angle avec lequel les rayons du soleils frappe la terre est supérieur à 45°, vous devez absolument vous protéger. Si cet angle est inférieur à 30° le risque de dommages est minime! Comment le savoir? Il suffit d'observer votre ombre!
      • Si elle est plus courte que votre taille, le soleil est haut (angle >45°) Protégez vous!  le soleil est haut et l'angle 
      • Si votre ombre est au moins deux fois plus longue que votre taille, le soleil est bas, l'angle inférieur à 30°. Le risque est minime!

Vers la guérison

        Pour remédier au trou grandissant dans la couche d'ozone, les pays ont ratifié ce qu'on appelle le protocole de Montréal. Il a été signé en 1987 et 191 pays l'ont ratifié. Ce protocole interdit l'utilisation et l'importation de près de 100 polluants qui appauvrissent la couche d'ozone.
        En 2016, Paul A. Newman de la NASA a annoncé des résultats très encourageant sur le recouvrement global de la couche d'ozone. Ce trou estimé à 91 millions de m² en 1991 s'est considérablement réduits ces dernières années. En septembre 2017, il n'occupait plus que 19 millions de m². Ce qui représente tout de même 2,5 fois le territoire des États-Unis. De façon ironique, c'est le réchauffement de l'atmosphère qui accélère la reconstruction de la couche d'ozone...
        La reconstruction progressive de la couche d'ozone est une conséquence de l’interdiction remontant aux années 80 des produits chimiques responsable de sa dégradation. Selon les experts de la NASA le trou devrait être rebouché pour 2050. Reste à espérer que l'augmentation de la concentration en dichlorométhane (qui a doublé dans les 10 dernières années ) ne ralentisse pas le processus.

       

Vue de la couche d'Ozone en début d'année 2018.

        La reformation de la couche d'ozone est la preuve que les actions prises par l'homme pour interdire certains produits chimiques ont un effet lent mais certains pour la protection de la vie à l'échelle planétaire! A méditer quand on pense aux gaz à effets de serre pour lesquels nous avons un mal fou à trouver un accord mondial!

Sources :
https://teara.govt.nz/en/atmosphere
https://unep.ch/ozone/Publications/MP_Brief%20primer-F.pdf 
http://www.sciencealert.com/earth-ozone-hole-smallest-since-1988 
https://www.nasa.gov/ozone/ 

vendredi 12 janvier 2018

Protéger les "kauris"

La beauté des forêts Néo-Zélandaise est en danger.


        Lors de mon arrivée en Nouvelle Zélande, et avant de partir vers l'île du Sud, que j'étais si impatiente d'explorer, j'ai passé une semaine dans une petite ville non loin d'Auckland. J'y ai vécu avec Viktor et Rochelle. Ces deux purs Kiwis, entendez par là Néo-Zélandais, partagent une collocation avec d'autres jeunes travaillant ou étudiant à Auckland! Chez eux, ils ont décidé d'accueillir les étrangers membres du réseau couchsurfing (dont je fais partie) pour les introduire dans la vie Néo-Zélandaise. Il n'est pas de meilleure façon selon moi pour se sentir bien dans un pays que d'être accueillie par des locaux absolument adorables!

        Et comme je suis venue dans ce beau pays par envie de découvrir et par passion de la nature, forcément je me suis jointe à eux dès qu'une sortie se présentait. Lors de notre première sortie Viktor m'a parlé des kauris. Ces arbres endémiques de la Nouvelle-Zélande sont actuellement touchée par une épidémie qui les fait mourir et risque de faire disparaître l'espèce.

Sentier de marche à Titirangi, Banlieue d'Auckland, île Nord


Le kauri, plus qu'un symbole, une espèce emblématique

        J'ai entendu parlé pour la première fois des kauris sur les routes de Titirangi. Même s'ils sont bien moins courant qu'autrefois à cause de l'exploitation intensive du bois, ils sont représentés fréquemment dans les forêts du Northland. Cependant les forêts ancestrales sont aujourd'hui cantonnées à 7,5 Ha. Ici, on les trouve un peu partout à flanc de colline. Immenses et impressionnants!
        Les kauris (Agathis Australis) font partie des plus anciennes variétés d'arbres existant sur terre. L'apparition de ce groupe est estimée à 20 millions d'années. Avec les conifères, les araucarias et les ginkgos, ils forment le groupe des gymnospermes. Ils détiennent le record de longévité en vivant plus de 1000 ans (jusqu'à plus de 2000 ans). Ils atteignent une hauteur de 50m pour une envergure d'environ 15m et un tronc d'un diamètre de 2m. Faisant d'eux les arbres non pas les plus hauts mais les plus larges de NZ. Le plus large actuellement recensé a un tronc de 4,6m et s'appelle "Tane Mahuta".
       Le kauri peut se trouver dans différents écosystèmes : des bois ou des forêt. Il dépassera toujours les autres arbres, permettant à plusieurs niveau de végétation de se développer en dessous. On retrouvera donc des arbres plus petits (ex. le tōtara) et des végétaux bas (ex. la fougères). De plus, le kauri abrite souvent des épiphytes comme les orchidées. Pour s'épanouir, il aura besoin d'un sol peu fertile mais de beaucoup de lumière. Il peut donc difficilement se développer sous des canopées denses mais il recolonisera rapidement un milieu détruit par un incendie.



        Pour les Maoris, le kauri est un trésor, un élément indispensable leur permettant de se connecter à un monde spirituel. Cette force spirituelle s'explique par la mythologie. Au commencement, le père ciel et la mère nature furent créés du néant. De leur union naquit des enfants, prisonniers du noir de leur embrassade. L'enfant le plus fort sépara ses parents, apportant ainsi la lumière sur terre et permettant aux autres de s'épanouir. Les kauris seraient les jambes de ce géant ayant permis à la forêt de prospérer sur terre. Pour leur rendre hommage, les Maoris baptisèrent dès le début les plus grand kauris et les utiliseront pour de multiples usages traditionnels. Il sera utilisé par les colons européens car c'est un bois très résistant à l'eau.
       Cette force spirituelle fait de cet arbre non seulement un élément important sur un plan écologique mais aussi sur un plan culturel. Les forêt de kauris sont un refuge pour les espèces menacées. Leur disparition mènerait probablement à la disparitions d'autres espèces.


La maladie 

      La menace qui pèse sur les Kauri s'appelle "Kauri Dieback disease" et cause leur dépérissement. C'est une maladie cryptogamique. Entendez par là que ce sont des champignons qui en sont responsables. Le pathogène s'appelle Phytophthora agathidicida. Il fait partie du même groupe que le mildiou de la pomme de terre. Dans le cas du Kauri, la maladie est incurable et mortelle. Elle n'a été identifiée en Nouvelle-Eélande qu'au début des années 2000.

    • Mode de transmission :
        •  Dans le sol, le pathogène se trouve à l'état d'oospore. Il germera ensuite pour former un sporange qui produira les zoospores. Les Zoospores sont libérés après une pluie et nagent jusqu'au racines du kauri auxquelles elles s'attachent. Sera ensuite produit du mycélium qui se propage dans le système racinaire, infecte les tissus et empêche progressivement le transport de la sève. C'est ce qui causera lentement la mort de l'arbre. La zone infectée continuera à produire des sporanges pour infecter les kauris présent à proximité de l'arbre infecté.
Les kauris possèdent un système racinaire jusqu'à trois fois plus important en superficie que leur branchage. Ceci facilite la transmission du pathogène d'un arbre à un autre rendant l'endiguement de la propagation compliqué.


Les mesures mises en place 

        Les deux vecteurs principaux de propagation sont : la faune sauvage et les promeneurs. Pour protéger cette espèce emblématique, le district d'Auckland a donc mis en place une signalétique et des mesures de prévention. La mesure la plus efficace étant d'éviter de passer par ces chemins de marche et d'emprunter les routes. D'ailleurs, Viktor m'a expliqué que la communauté Maori avait tenté de faire fermer tous les chemin mais ceci est difficile à mettre en place. Alors, pour limiter la propagation, qui ne peut pas vraiment être endiguée, des règles d'hygiène sont à appliquer de façon systématique et quelques chemins ont été interdits d'accès. A l'entrée de chaque chemin ou sentier, on trouve un bac avec un spray désinfectant à vaporiser sur ses semelles et à certains endroit des brosses spécifiques pour nettoyer complètement les semelles. Il faudra toujours commencer par nettoyer ses chaussures pour enlever toute la terre présente sur les semelles avant de vaporiser le désinfectant pour maximiser son effet.


      Les chemins fermés sont généralement ceux peuplés uniquement par des arbres sains ce qui permet d'éviter l'arrivée de la maladie dans ces zones. Le programme comporte également un volet scientifique de recherche sur ce champignon et un volet d'éducation à l'environnement pour transmettre les informations et optimiser les chances de réussite du programme de protection.


       En bref, amis promeneurs, si vous arpentez les chemins du nord de la Nouvelle-Zélande n'oubliez pas de nettoyer vos chaussures! La nature vous remercie!


Approfondissez vos recherches et apprenez en plus sur ces arbres et sur cette pathologie en cliquant sur les liens suivant :
https://www.kauridieback.co.nz/
http://www.doc.govt.nz/nature/native-plants/kauri/
http://www.conifers.org/ar/Agathis.php
http://forestphytophthoras.org/species/agathidicida/disease
Liste des chemins fermés :
https://www.aucklandcouncil.govt.nz/environment/plants-animals/pests-weeds/Pages/protect-our-kauri-trees.aspx